• Seconde chute [Libre]


    Dimanche 5 Mai à 22:48
    ED-N

    Hélix :

    Encore. Il s’était retrouvé à quatre pattes devant le grand miroir glacé, sans qu’il n’ai eu le temps de comprendre ce qu’il venait de se passer. Encore une nouvelle chute dans l’inconnu. Son corps était engourdit, ses yeux aveuglés par la lueur éclatante du lieu. Le bruit du vent dans les hautes herbes, une sensation de fraîcheur dans l’air. Une inspiration. Son corps bascula doucement sur le côté pour s’asseoir, sa tête se relevant par la même occasion. Ses grands yeux astrales découvraient l’endroit avec curiosité. Et égarement. Depuis qu’il était tombé la première fois, rien ne lui était familier. Sauf le soleil. Le soleil. Il leva les yeux, et à travers les feuillages il le vit. Une brise vint caresser son visage, et souffler dans ses cheveux. Une expiration.

    Jeudi 27 Juin à 00:42
    AUREUM.UMBRA

    Ophélie:

    Une jolie paire de jambe s'agitait frénétiquement dans le vide. Surplombant le spectacle, une jeune femme observait, silencieuse.

    Le temps semblait s'écouler avec une étouffante et pesante lenteur comme si ce lugubre paysage onirique avait échappé à tout contrôle. Assise sur une branche, le petit gabarie de la demoiselle attendait depuis une heure ou deux. Immobile et semblant avoir perdu toute notion du temps, son regard curieux fixant inlassablement ce sinistre et envoûtant chaos. La dryade aimait savourer avec exaltation et délectation ce calme la dominant et dégoulinant sombrement sur tout ce qui l'entourait. Cette atmosphère décadente, cette ambiance unique l'hypnotisait.

    C'était la foret elle même qui était venue lui murmurer. Le bourdonnement détaché du phylum des lépidoptères, le changement étouffé de l'idiosyncrasie, les couleurs à la fois fades et vibrantes de la rosée, l'inquiétude forcée de chaque cellules de son corps,... quelque chose n'allait pas et une force bien supérieure cherchait inconsciemment à la prévenir. Les signes ne trompait pas: un nouveau passage se préparait. Cette Nature s'était faite presque suppliante au travers du dérangeant calme de la faune et du caractère aléatoire inhabituel de la flore face à Ophélie qui avait prêté attention aux modifications distordus du biotope semblant soucieux d'une arrivée proche qui allait remettre son fragile équilibre en question.

    Avec le temps, on apprenait à devenir sensible aux chuchotements du Miroir. Entité régit par ses intentions propres et qui semblait mener le jeu de ce monde boiteux. Il se racontait que l'atmosphère arborait l'existence même du voyageur à chaque traversée, cherchant désespérément à s'imprégner de lui, à en devenir son prolongement. Ces êtres étranges que le Miroir vomissaient violement et imprévisiblement comme un prédateur de plus dans l'écosystème.

    Elle savait seulement que c'était elle qu'on avait choisi. Elle savait uniquement qu'IL avait requit sa présence à cet instant et que c'était à elle d'accueillir son funeste plan, pion de plus dans son triste échiquier dont elle ne pouvait se soustraire.

    La forêt avait donc revêtue sa superbe pour accueillir l'intru et Ophélie n'en était que plus intriguée. Ses courbes élégantes s'imprégnaient toutes entières du jeunes hommes hébété et perdu sur le sol. D'abord méfiante envers la présence, une attraction dévorante la consumait envers l'inconnu. Sa petite personne torturée patientait, ingénue, en attendant la suite de l'histoire.

    Une étrange lueur bleuté baignait le lieu figé qui se teintait d'allures irréalistes. La cime des arbres dominant l'instant, une légère brise venait doucement soulever la longue crinière argentée de la demoiselle, dégageant régulièrement sa nuque fine. Le vent faisait danser les ombres difformes des branchages au dessus de sa tête alors que les pants de sa légère robe blanche ondulait timidement du haut de son perchoir.

    Depuis la canopée, elle détaillait intensément de son œil émeraude la silhouette longiligne et étonnamment harmonieuse de l'être qui venait d'être arraché à son propre reflet. Dans un râlement de douleur, un souffle de torpeur, un secret trouble d'horreur, un nouveau voyageur venait d'être abandonné par ce passage dont on ignorait encore les raisons profondes.

    Mardi 9 Juillet à 22:44
    ED-N

    Hélix:

    Plusieurs longues secondes s’étaient écoulées, emportées par les soupirs de la forêt. Ses sens revenus, il se redressa sur ses deux frêles jambes humides de la rosée qu’il regarda un instant, remuant ses orteils aux milieux des brins herbes. Jambes. Humain? Humain. Ses mains parcoururent sa longue robe blanche en coton, découvrant sa texture et sa légèreté. Vêtement. Oui, et maintenant ? Il fit volte-face pour se retrouver nez à nez avec cet immense et scintillant miroir qui ne semblait soudain plus aussi traversable que plus tôt. Ses doigts vinrent frôler la surface glacée de son reflet. Incompréhension. Humain. Déroutement. Humain. Peur. Peur? Il regarda son reflet. Ses cheveux. Son visage. Moi? Oui, toi. Humain? Oui. Boum boum. Réalisation. Boum boum. Compréhension. Boum boum. Humain. Ses doigts se mirent à trembler, ses jambes aussi. Le soleil l’a abandonné pour aller se cacher derrière un nuage. La forêt s’est tue. Son reflet le fixe, le dévisage, le regarde comme un étranger. Il était tombé. Tombé? Oui, arraché au ciel. Arraché. Humain. Oui, et maintenant ?




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